Dimanche 11 octobre 2009

  Cet après midi j’ai rencontré  Manon. J’ai discuté avec elle.Une SDF de Nice. Elle a fait le tour de la France et le tour des pays qui l’entourent.

Elle est à Nice depuis 6 mois. Dommage, Estrosi est en place en ce moment...

Et devinez quoi ? Elle n’aime pas Nice uniquement à cause de la mentalité des gens qui nous entourent… Elle aurait put aimer parce qu’il ne fait pas froid, paysage, jolie ville en soi (en soi j’ai dit, pas vers les extrémités, on s’entend) pas mal d’évènements culturelles gratuits etc.  (Et tout cela c’est elle qui le dit)

Merde, tiens ça laisse à réfléchir, de la part d’une SDF. Ça veut quand même dire que sans discuter, sans avoir de contact direct avec une personne (oui parce que le niçois de base ne parle pas aux SDF, il peut donner mais surtout, pas de regards, même si ce qu’il veut c’est savoir l’heure), le niçois de base arrive à dégouter cette personne de ce qu’il est, au point d’ «enlaidir » sa ville. Félicitation au niçois de base !

Mais en creusant, ce n’est même pas le niçois qui est con, c’est le groupe de niçois (et/ou niçoises) (surtout niçoises). Plus que n’importe où c’est dans ma ville que je l’ai remarqué… Dans un groupe, l’effet d’appartenance a déjà tendance à faire sentir aux gens extérieurs qu’ils sont bien EXTERIEURS au groupe. Le niçois fait bien comprendre que la personne qu’il ne connait aura du mal à le connaitre. Alors mesurez ce que peut donner un groupe de niçois, une bande d’amis niçois…

 

Pour en revenir à Manon : Ca fait plusieurs années qu’elle est à la rue. Devinez quoi, l’animal SDF n’est peut être pas un animal. Elle a des émotions (certes un peu anesthésiées par l’alcool), elle vit des choses, elle pense, elle LIT (!!), elle se lave et va à des expositions, elle a des désirs et des projets… Olala, mais peut être après tout que nous, groupes de niçois à deux balles, on n’est pas si différents que ça… mince alors…..

Je dis animal parce que c’est comme ça qu’on les traite. Que ce soit des regards évités ou appuyés, la façon dont on leur parle (non parce qu’il ne faut pas s’étonner de leur ton lorsqu’ils nous parlent alors qu’ils entendent ce même ton à longueur de journée)(et eux sont parfois sous l’action de substances, alors que nous quand on leur parle on est bel et bien maître de nous même et conscient de ce qu’on fait et dit !),la façon dont on leur donne quelques pièces (on les jette, surtout ne pas trop s’approcher, et puis ramasser, le SDF connait, de toute manière il est assis au sol presque toute la journée…). Puis il y a la façon dont la municipalité les traite… les néons bleus sous les ponts, c’est pour éviter qu’ils dorment dessous, les accoudoirs au milieu des bancs, c’est pour qu’ils ne puissent pas s’allonger (et non, le but premier de ce design n’est pas pour que vous puissiez poser votre bras lorsque vous lisez ou pour permettre de mettre deux couples sur un même banc). Donc ils vont sur la plage, dommage, à 5 heures du matin ils sont réveillés par les karchers des camions de propreté de la voieries (ben oui, ça ne fait pas propre !). Bon, quel endroit il reste pour dormir ? Dans des ruelles pas trop fréquentées, hors des quartiers chics… ben non, à 6 heures du matin maximum tous les clodos de la ville se font réveiller par les flics, des clodos réveillés ça fait déjà mieux que des clodos avachis sur le bord du trottoir… vu qu’on ne peut pas les effacer.

 

Un moment Manon est partie « pisser », elle m’a demandé de garder son chien et sa gamelle…     euh…       trop tard elle était déjà partie…     Et voilà comment je me suis retrouvée à vivre la vie d’une clodo durant 5 petites minutes à Nice. Pour vous situer le schéma, en apparence j’avais un jean, un long tee-shirt noir, un sac en bandoulière (un peu fatigué) un bandeau dans les cheveux et de quoi rouler mes clopes dans la main. Ben ça a suffit pour qu’on m’évite pendant cinq minutes. C’est horrible comme sensation, tu as beau savoir ce que tu es, qui tu es, tu as beau te sentir bien dans ta peau, les gens qui passent arrivent à te persuader en quelques instants que tu as la galle, que tu es sale, que tu pues et que tu déranges. Intéressante expérience. Et encore, j’ai la chance d’avoir les idées claires dans mon esprit et d’être bien dans ma peau à ce moment là. C'est-à-dire pas de questions genre, où je dors ce soir, comment je me nourris, comment je nourris mon chien, seul compagnon. .. ???

Par limoncello - Publié dans : une vie calme - Communauté : vive la liberté
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